Proverbe qui paraît pris de cette pensée de Sophocle: L’homme sage juge de l’avenir par le passé. Les Espagnols disent: Por el hilo sacarás el ovillo, y por lo pasado lo no venido. Par le fil tu tireras le peloton, et par le passé l’avenir.
Rien n’est tel que l’expérience du passé pour découvrir l’avenir; car l’avenir reproduit le passé, n’est qu’un passé qui recommence, suivant l’expression de M. Nodier. Quidquid jàm fuit, nunc est; et quod futurum est, jàm fuit (Ecclésiaste, ch. 3, v. 15). Tout ce qui est déjà arrivé arrive encore maintenant; et les événements futurs ont déjà existé. Pour bien juger de l’avenir, il importe donc de consulter le passé. Voulez-vous savoir, s’écrie Bossuet, ce qui fera du bien ou du mal aux siècles futurs? Regardez ce qui en a fait aux siècles passés: il n’y a rien de meilleur que les choses éprouvées.
AVERTI.—Un homme averti en vaut deux.
Un homme qui a pris ses précautions, qui se tient sur ses gardes, est doublement fort. Quelques auteurs ont altéré ce proverbe, en écrivant: Un bon averti en vaut deux.
Qui dit averti, dit muni.
Muni se prend ici dans le sens de fortifié.
Le proverbe anglais qui correspond au nôtre est: Fore-warned, fore-armed. Averti d’avance, armé d’avance.
AVEUGLE.—Être réduit à chanter la chanson de l’aveugle.
C’est-à-dire, être réduit à la misère. Voltaire, après avoir employé cette expression, parle de la chanson de l’aveugle, dont il cite ce couplet, qu’il a refait à sa manière: