Le proverbe est une variante de cette sentence d'Ali: «Le respect mutuel resserre l'amitié.»

Bonne amitié vaut mieux que tour fortifiée.

La guerre peut enlever ou détruire cette tour; mais aucun revers ne peut ébranler cette amitié qui prend de nouvelles forces dans les infortunes de celui dont les bonnes qualités ont su l'inspirer. Solidaire des maux qu'il éprouve, elle cherche tous les moyens de les consoler, de les soulager, de les réparer.—Tel est le sens de ce proverbe: l'amitié qu'il signale est tout à fait exceptionnelle, et bien des gens ne manqueront pas de la reléguer parmi les utopies. Quoi qu'il en soit, l'amitié véritable, quand même elle n'aurait pas le caractère de perfection qu'il lui attribue, est du plus grand secours contre le malheur.—L'Ecclésiastique dit sans figure: «Amicus fidelis, protectio fortis (VI, 14). L'ami fidèle est une forte protection.»

Ce proverbe est de la plus haute antiquité, mais il n'est plus aujourd'hui aussi vrai qu'il le fut dans l'enfance des sociétés, où l'autorité des lois étant souvent méconnue, on cherchait à y suppléer par quelque protection plus sûre, en se ménageant des amis puissants et en augmentant ses forces individuelles de toutes celles qu'ils avaient.

On sait que Lycurgue avait donné l'amitié pour base à sa législation.

L'amitié doit se contracter à frais communs.

L'amitié est une sincère union de deux personnes également soigneuses du bonheur l'une de l'autre. Elle ne peut se former et se maintenir qu'autant que chacune d'elles se montre animée du même zèle et des mêmes sentiments pour en remplir les devoirs réciproques. De là ce proverbe employé le plus souvent comme un avis qu'on veut donner aux amis un peu trop personnels, qui semblent plus jaloux de jouir des bénéfices de l'amitié que d'en partager les charges.

Les Arabes disent dans un sens analogue: Si ton ami est de miel, ne le mange pas tout entier.

Il faut découdre et non déchirer l'amitié.

Mot de Caton l'Ancien rapporté par Cicéron en ces termes: Amicitiæ sunt dissuendæ magis quam discindendæ. (De Amicitia, XXI.) Cicéron dit encore: Amicitiam haud præcidas, verum dissuas. (De Officiis, XXXIII.) «C'est quelquefois, ajoute-t-il, un malheur nécessaire de renoncer à certains amis: alors il faut s'éloigner d'eux insensiblement, sans aigreur et sans colère, et faire voir qu'en se détachant de l'amitié on ne veut pas la remplacer par de l'inimitié, car rien n'est plus honteux que de passer d'une liaison intime à une guerre déclarée.»