Il y a dans une passion véritable une puissance d'attraction qui finit par triompher, non-seulement de l'indifférence, mais de la haine, et c'est avec raison qu'un grave archevêque de Paris, monseigneur de Péréfixe, a dit: «Le philtre de l'amour, c'est l'amour même.»
Les Italiens ont ce proverbe: «Chi non arde non incende. Qui n'est pas en feu n'enflamme point.»
C'est trop aimer quand on en meurt.
Proverbe que Gilles de Nuits ou des Noyers (Ægidius Nuceriensis), dans son recueil d'Adages françois, traduits en vers latins, Adagia gallica, etc., a rendu par ce pentamètre:
Semper amor nimius dum fera mors sequitur.
Ce proverbe est du moyen âge, où le culte de l'amour pouvait faire des martyrs. Il trouve rarement son application dans notre siècle d'égoïsme. On dit, au contraire, aujourd'hui: Mort d'amour et d'une fluxion de poitrine.
Le troubadour Pons de Breuil avait écrit, à ce que nous apprend Nostradamus, un roman jadis très-goûté, dont le titre était: «Las amors enrabyadas de Andrieu de Fransa. Les amours enragées d'André de France.» Il se pourrait que le proverbe fût venu d'une allusion au héros de ce roman, mort d'amour pour une reine du pays, et fréquemment cité comme le parfait modèle des amants.
Le Romancero espagnol nous offre l'histoire de l'amoureux don Bernaldino, qui disait: «Ma gloire est à bien aimer,» et qui se tua de désespoir parce que le père de son amie Léonor avait emmené cette belle en pays lointain. Ses vassaux, désolés de sa mort, lui élevèrent un mausolée tout de cristal, où ils gravèrent une épitaphe touchante terminée par ces deux vers:
Aqui está don Bernaldino
Que murió por bien amar.