L'amant se transforme en l'objet aimé.
Quand on est véritablement amoureux, on prend l'esprit de la personne qu'on aime, on pense d'après elle, on sent par son cœur, on voit par ses yeux, on renonce, pour ainsi dire, à ce qu'on est soi-même pour devenir ce qu'elle est et ne faire plus qu'un avec elle. Tel est le sens de cette maxime proverbiale dont Mme de Motteville a fait l'application à la reine épouse de Louis XIV, dans le passage suivant de ses Mémoires: «Si elle était chagrine, c'est parce que, selon ce que disent les philosophes, l'amant se transforme en l'objet aimé, et que, voyant le roi triste, il était impossible qu'elle fût gaie.»
M. Michelet a exhumé des œuvres de Morin, auteur peu connu qu'il appelle «un homme du moyen âge égaré dans le dix-septième siècle», le vers charmant que voici:
Tu sais bien que l'amour change en lui ce qu'il aime.
Ce vers, que M. Michelet loue avec raison, n'est qu'une variante du proverbe suivant, beaucoup plus ancien.
L'amant écoute du cœur les prières de sa belle.
Ce proverbe, plein de délicatesse dans la pensée et dans l'expression, s'emploie pour signifier qu'un amant a une sorte d'intuition qui lui fait sentir, deviner les désirs de sa maîtresse et qu'il ne pense qu'à les prévenir. Il est traduit de ce texte roman:
L'amoros au de cor los precs de sa domna.
Racine a dit heureusement dans son Andromaque, par une expression dans le genre de celle du proverbe, qui lui était probablement inconnu:
Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux.