Cœur noble et délicat! dis-moi quel diamant

Égale un trait si pur et vaut ton sentiment?

C'est ainsi, dit-on, que le duc de Buckingham témoigna l'ivresse de son bonheur à l'endroit où la reine de France, Anne d'Autriche, venait de lui avouer qu'elle l'aimait. Ce trait fut reproduit, dans la suite, par milord Albemarle, le même qui, voyant un soir Mlle Gaucher, sa maîtresse, occupée à regarder fixement une étoile, s'écria: «Ne la regardez pas tant, ma chère, je ne pourrais vous la donner.»

Le sentiment qui respire dans ce mot, où le cœur s'est exprimé avec tant d'esprit et de délicatesse, se trouve sous une forme non moins naïve qu'originale dans ces vers d'une ballade qui est insérée parmi les ballades de Villon, mais qui n'est pas de Villon:

Or elle a tort, car haine ne rancune

Onc n'eut de moi; tant lui fus gracieux

Que s'elle eust dit: Baille-moi de la lune,

J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux.

Un barde gallois nommé Moke, qui florissait au treizième siècle, dit dans une pièce de vers où il loue l'excessive libéralité de je ne sais plus quel prince: «Si je souhaitais que mon prince me fît cadeau de la lune, il me la donnerait certainement.»

J'ignore si la phrase de Moke a été l'origine ou l'application de cette locution proverbiale par laquelle on caractérise un homme galant et magnifique qui ne refuse rien aux désirs de la femme qu'il adore: Il décrocherait la lune pour elle.