L'amour ne destine la rose
Qu'à l'amant sincère et discret.
L'amour est le frère de la guerre.
C'est-à-dire que l'amour et la guerre se ressemblent sous beaucoup de rapports: l'un et l'autre ont leurs combats qui se renouvellent chaque jour, avec une tactique à peu près pareille, pour obtenir une victoire suivie d'une trêve plus ou moins longue, après laquelle une autre lutte recommence. Écoutez l'éternelle chanson des poëtes érotiques; vous croirez par moments entendre un chant guerrier; la plupart des termes caractéristiques en sont militaires: blessé, blessure, vaincu, vainqueur, victoire, triomphe, chaîne, conquête, etc.
Ovide a dit, dans le second livre de l'Art d'aimer: «L'amour est une sorte de guerre,» Militiæ species amor est; et dans la neuvième élégie du premier livre des Amours:
Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido.
Tout amant est soldat, et l'Amour a ses camps.
L'amour est le frère de la haine.
L'amour et la haine pour le même objet naissent assez souvent dans le même cœur, et s'y font sentir par des emportements, des malédictions, des violences, et d'autres effets communs à l'une et à l'autre passion. De là vient sans doute qu'on a regardé l'amour et la haine comme frère et sœur. Mais l'amant livré à leur double influence ne hait pas précisément. Il hait et aime tout ensemble, comme dit ce proverbe des anciens cité par Gilbert Cousin: Non odi, odi et amo. C'est ce qu'exprime très-bien la charmante épigramme de Catulle à Lesbie.
Odi et amo. Quare id faciam fortasse requiris?