Nous avons encore cet autre proverbe corrélatif: Malheureux au jeu, heureux en amour, lequel est fondé sur la supposition que le joueur maltraité de la fortune revient à sa belle, dont la reconnaissance et la fidélité font son bonheur. Supposition fréquemment démentie. Quoi qu'il en soit, tous les joueurs ressemblent à celui de Regnard, qui oublie sa belle Angélique lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il a perdu.
Filer le parfait amour.
C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.—Cette façon de parler fait allusion à la conduite d'Hercule filant aux pieds de la reine Omphale. Elle fut probablement introduite dans notre langue à l'époque où les confrères de la Passion représentaient le mystère d'Hercule sur leur théâtre. On sait que ce titre de mystère, consacré à certains ouvrages dramatiques, s'appliquait à un sujet profane comme à un sujet religieux.
L'amour se paye par l'amour.
Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui des Basques, Maitazeac maitaze du harze. Il peut avoir inspiré à Ninon de Lenclos le mot suivant, qui en est le commentaire: «L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même, et l'amour seul peut acquitter l'amour.»
Plus il y a paroles en amour, et moins y sied.
«En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit. Il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse, quand il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque vivacité que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne. Tout cela se passe sans règle et sans réflexion, et quand l'esprit le fait il n'y pensait pas auparavant. C'est par nécessité que cela arrive.» (Discours sur les passions de l'amour).
Ce silence qui survient tout à coup sans qu'on y pense, qui résulte, non d'un calcul, mais de la nécessité, est le plus tendre et le plus vrai langage des amants. Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils sentent. Les paroles ne peuvent être que des signes d'une faible passion: elles sont comme ces bluettes qui ne jaillissent guère que d'un feu peu ardent. «Celui qui peut dire combien il aime, s'écrie Pétrarque, n'a qu'une petite ardeur.»
Chi può dir com'egli arde, è un picciol fuoco.
(Sonetto 137.)