Dans les langueurs d'un importun devoir;

Gémir, sécher dans sa langueur profonde:

Un tel hymen est l'enfer de ce monde.

En mariage il y a fort lien.

Si fort que ceux qu'il lie en sont blessés et gémissent continuellement de ne pouvoir le rompre.—Ce proverbe, qui se trouve parmi les proverbes galliques recueillis dans le quinzième siècle, est bien peu saillant; mais ce qui lui manque sous ce rapport sera compensé par le commentaire que je vais y joindre. Je le tire des paroles que don Quichotte adresse à Sancho Pança. «La femme légitime n'est pas une marchandise qu'on puisse, après l'achat, rendre, échanger ou céder. C'est un accident inséparable qui dure ce que dure la vie; c'est un lien qui, une fois qu'on se l'est mis autour du cou, se transforme en nœud gordien, lequel ne peut plus se détacher, à moins d'être tranché par la faux de la mort.» (Don Quichotte, part. II, ch. XIX.)

On sait que cette opinion du chevalier de la Manche était aussi celle de son écuyer, qui l'exprimait à sa manière par ce joli mot proverbial: Pour peu qu'on soit marié, on l'est beaucoup.

Un proverbe anglais de James Howel dit d'une façon plus originale encore: «In marriage the toung tieth a knott that all the teeth in the head cannot untie afterwards. Dans le mariage la langue forme un nœud que toutes les dents de la bouche ne peuvent jamais défaire.»

Un bon mariage se dresse (se fait) d'une femme aveugle avec un mari sourd.

Je rapporte ce proverbe tel que Montaigne l'a cité dans un passage de ses Essais, liv. III, ch. V, où il parle de la tempeste de la femme, quand elle se livre aux emportements de la jalousie. On dit aujourd'hui: Pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd et la femme aveugle; ce qui peut se passer de commentaire, car il n'est personne qui ne comprenne, sans qu'on le lui explique, combien la surdité d'un mari et la cécité de sa femme seraient propres à empêcher les disputes conjugales, qui viennent presque toujours de ce que la femme a la vue trop perçante pour les désordres du mari, et le mari a l'oreille trop sensible aux criailleries de la femme.

Puisqu'il est reconnu que la paix entre époux ne peut résulter que des infirmités indiquées, ils ne sauraient mieux faire que d'acheter à ce prix un si grand bien. Il n'est pas nécessaire, après tout, qu'ils soient réellement affectés de ces infirmités, mais qu'ils se montrent comme s'ils l'étaient, que l'un s'étoupe les oreilles et que l'autre se mette un bandeau sur les yeux; en d'autres termes, qu'ils soient pleins d'indulgence pour les défauts qu'ils ont à se reprocher. «Il n'y a de bon ménage, écrivait La Fontaine à sa femme, que celui où les conjoints se souffrent mutuellement leurs sottises.»