Il n'y a point de mariage dans le paradis.
Allusion à divers passages de plusieurs Pères de l'Église, qui regardaient le mariage comme moins propre que le célibat à la sanctification, et disaient que, si «noces remplissent la terre, la virginité remplit le ciel.» Nuptiæ replent terram, virginitas replet paradisum. (S. Hieronim., lib. I., in Jovinien.) Ce qui a donné lieu à Pascal de placer le mariage dans les basses conditions du christianisme.
Owen a tiré du mot de saint Jérôme ce distique épigrammatique:
Plurimus in cœlis amor est, connubia nulla;
Conjugia in terris plurima, nullus amor.
Il y a dans le ciel beaucoup d'amour et point de mariage: sur la terre il y a beaucoup de mariages et point d'amour.
On demandait au poëte anglais Prior pourquoi il n'y avait point de mariage dans le paradis. «C'est, répondit-il, parce qu'il n'y a point de paradis dans le mariage.»
Le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs.
Proverbe pris du premier article du Code d'amour: «Causa conjugii ab amore non est excusatio recta. Le mariage n'est pas une excuse légitime contre l'amour.» C'est-à-dire, si je ne me trompe, qu'on ne peut se dispenser d'avoir une maîtresse ou un amant, sous prétexte qu'on a une épouse ou un mari. C'est l'expression des mœurs qui régnaient à l'époque des troubadours. Ces poëtes avaient érigé l'amour en devoir: ils le proclamaient comme plus obligatoire que le mariage et comme ne pouvant exister que hors du mariage. Cet amour, purement platonique dans le principe, cessa bientôt de l'être et donna lieu à un usage immoral assez répandu chez les hauts personnages, d'avoir à la fois une épouse et une concubine, l'une pour la souche et l'autre pour la couche.
André le Chapelain nous a conservé la décision curieuse d'une cour d'amour présidée par la comtesse de Champagne, sur la question qui lui avait été soumise: «Utrum inter conjugatos amor possit habere locum? L'amour peut-il exister entre personnes mariées?» Voici cette décision: «Nous disons et assurons par la teneur des présentes que l'amour ne peut étendre ses droits sur deux personnes mariées. En effet, les amants s'accordent tout mutuellement et gratuitement sans être contraints par aucun motif de nécessité; tandis que les époux sont tenus par devoir de subir réciproquement leurs volontés, et de ne se refuser rien les uns aux autres… Que ce jugement que nous avons rendu avec une extrême prudence (cum nimia moderatione prolatum) et d'après l'avis d'un grand nombre de dames, soit pour vous d'une vérité constante et irréfragable. Ainsi jugé, l'an 1174, le 3 des calendes de mai.»