Naît ce plaisir pur, délicat, sublime,

Plaisir cherché par nos vœux superflus,

Plaisir moqué des mortels corrompus.

Mais quoi? l'amour n'est point connu du crime,

Puisque l'amour sans l'amitié n'est plus,

Que l'amitié se fonde sur l'estime,

Et que l'estime est fille des vertus.

On se marie pour soi.

C'est la réponse que fait le jeune homme écervelé qui refuse de se laisser guider dans le choix d'une épouse par ses parents ou ses amis, et qui, poussé par un désir aveugle, s'obstine à s'unir à celle dont les appas seuls l'ont séduit, sacrifiant toutes les convenances à sa folle passion, et bravant tous les effets malheureux que ne peut manquer de produire cette union disproportionnée ou mal assortie. Le mariage est un état trop important et trop sérieux pour s'y engager avec étourderie et par caprice. Suivant Montaigne, «l'alliance, les moyens y poisent (doivent y entrer en compte) par raison, autant ou plus que les grâces et la beauté. On ne se marie pas pour soy, quoy qu'on en die; on se marie autant ou plus pour sa postérité, pour sa famille; l'usage et l'intérest du mariage touche notre race, bien loing par delà nous.» (Essais, liv. III, chap. V.)

Cervantes pensait que les parents devaient décider du mariage de leurs enfants et ne pas les laisser libres de le conclure eux-mêmes par fantaisie ou par amour. Voici les réflexions qu'il a mises dans la bouche de don Quichotte sur ce sujet: «Si tous ceux qui s'aiment pouvaient ainsi se marier, ce serait enlever aux parents le droit de choisir pour leurs enfants et de les marier quand ils le jugent convenable; et si le choix des maris était abandonné à la volonté des filles, telle se trouverait qui prendrait le valet de son père, et telle autre le premier venu qu'elle aurait vu passer dans la rue fier et pimpant, ne fût-il qu'un débauché et un spadassin. L'amour aveugle aisément les yeux et l'esprit, si nécessaires pour le choix d'un état; et, en fait de mariage surtout, rien de plus facile que de se tromper: il faut un grand tact et une faveur particulière du ciel pour rencontrer juste. Quelqu'un veut-il entreprendre un long voyage, s'il est sage, avant de se mettre en route, il cherchera un compagnon sûr et agréable. Pourquoi donc ne ferait-il pas de même celui qui doit cheminer tout le cours de la vie jusqu'au terme final, la mort; surtout si son compagnon de route doit le suivre au lit, à la table, partout, comme fait la femme pour son mari?» (Partie II, ch. XIX.)