Dénouer la jarretière de la mariée.

D'après un usage observé dans les repas de noces, chez les gens du peuple et les bourgeois, un enfant, qui est au nombre des convives, se glisse sous la table et détache ou fait semblant de détacher de la jambe de la mariée une touffe de petits rubans de diverses couleurs dont on suppose qu'elle avait fait sa jarretière. Puis il les montre aux assistants, qui applaudissent, et, après les avoir coupés en morceaux, il les distribue à la ronde, afin que les femmes en parent le corsage de leur robe et les hommes la boutonnière de leur habit.

On pense qu'il y a dans cet usage, qui est fort ancien, quelque réminiscence, sous forme de parodie, de ce que, dans les mœurs chevaleresques, on appelait donner le gage d'amour sans fin: une belle faisait cadeau au chevalier qu'elle devait épouser d'une de ses jarretières sur laquelle elle avait brodé son nom avec la devise: amour sans fin.

«La jarretière de la mariée, dit M. V. Hugo, est la cousine de la ceinture de Vénus.»

Dans l'antiquité, la future épouse donnait sa ceinture à l'époux, symbole encore plus caractéristique.

La mariée n'a pour dot qu'un chapeau de roses.

Cette expression, jadis très-usitée en parlant d'une jeune fille qui n'apportait rien ou presque rien en mariage, s'emploie encore dans le même sens. Le Glossaire du droit français par Laurière (tome II, page 226) la cite comme dérivée d'une maxime de la vieille jurisprudence coutumière. Elle est fondée, en effet, sur la coutume qui permettait, en certaines localités, aux parents de ne donner pour dot à leurs filles qu'un simple chapel de roses. «Ce chapel, dit M. Chassan, était une allégorie chargée d'enseigner à la femme que les grâces et la beauté, apanage de son sexe, sont une dot suffisante pour compenser ce qu'il y a de plus odieux dans l'exclusion de l'héritage paternel prononcée contre la femme par la loi politique. Cette fiction a peut-être aussi pour objet de représenter l'idéal du mariage. La femme, en passant entre les mains de l'homme sans autre dot que son simple chapel de roses, n'a pu être recherchée et ornée que pour elle-même.» (Essai sur la symbolique du droit, p. 24.)

Voilà le symbole du chapeau de roses expliqué avec toute sa grâce et sa poésie; mais le peuple n'en a saisi que le côté littéral et prosaïque; c'est la pauvreté des jeunes filles qu'il a désignée par cette coiffure à laquelle il a même supposé un effet analogue à celui qui est attribué à la coiffure de sainte Catherine, car on a dit garder son chapel de fleurs, à peu près de même qu'on dit coiffer sainte Catherine pour: ne pas se marier, témoin ce vers de la Châtelaine de Saint-Gilles, poëme compris dans le manuscrit 7,218 de la Bibliothèque nationale:

J'aim' miex chapel de fleurs que mauvès mariage.

Il n'y a pas de femme en couches qui se plaigne d'avoir été mariée trop tard.