--Je veux dire que je n'ai plus de famille.

--Vous avez la famille des âmes charitables, observa Duplessis, c'est la meilleure. Elle ne vous abandonnera point. Les puits dont on tire souvent de l'eau sont rarement à sec.

Madame D'Aucheron paraissait mal à l'aise. Elle aurait bien voulu dire quelque chose. Elle sentait qu'elle ne pouvait pas décemment garder plus longtemps le silence. Il faut au moins, quand on a des malheureux devant soi, ne pas leur refuser un mot de consolation.

--Je suis contente que ma fille vous ait prise sous sa protection, la mère, et je suis sûre qu'elle ne vous laissera manquer de rien. Je lui recommande chaque jour de bien s'informer de l'état de votre santé, de vous porter ces petites douceurs qui font tant de bien aux vieillards, et si elle vous oublie jamais, ce ne sera point ma faute.

Duplessis la regardait en souriant. Il savait bien qu'elle se vantait.

--Mon Dieu! que vous me rappelez une voix connue, chère Dame!

--Moi? fit madame D'Aucheron.

--Oh! oui, et plus vous parlez plus mon illusion est complète..... Il me semble entendre la voix de mon enfant, de ma fille.... Ah! la malheureuse, je l'aimais bien pourtant.....

Et la vieille femme fondit en larmes.

--Votre fille, demanda D'Aucheron, avec l'indifférence des âmes égoïstes, elle est morte?....