--Rodolphe!... exclama Léontine, qui ne pensait qu'à son ami.... Serait-ce un malheur?

Et elle devint toute livide.

Madame Villor fit signe que non.

--Tu nous caches un secret... j'ai peur... montre cette lettre, mère. Voyons, il faut tout savoir, continua Ida.

Elle prit la lettre d'une main fiévreuse et lut vivement à haute voix.

"Malheur à vous! malheur à votre fille! malheur à Rodolphe! si jamais vous dites un mot à qui que ce soit, vous entendez bien? à qui que ce soit, au sujet de la petite fille sauvage amenée des Montagnes Rocheuses, par votre frère, il y a vingt-trois ans. On prouvera que vous avez eu votre part de l'argent...."

La figure d'Ida qui s'était colorée tout à l'heure, sous les coups de fouet du sang, devint d'une pâleur extrême à la lecture de cette dernière ligne. Ida l'avait lue tout d'un trait, sans y regarder d'avance. Elle était blessée au coeur. L'oeil de madame Villor étincelait.

--J'ai pris ma part de l'argent, dit-elle lentement, ma part de l'argent.... Mensonge! horreur!

Les deux jeunes filles se levèrent spontanément tout heureuses de cette énergique protestation. Elles savaient bien que Madame Villor était une femme d'une grande probité, et il leur était pénible de voir sa vertu subir les morsures de la calomnie. Mais si madame Villor n'avait rien à craindre de cette lâche accusation, elle pouvait bien parler. C'est ce qui vint à leur pensée. La pauvre femme comprit cela aussi.

--La jeune enfant, commença-t-elle, je l'ai... elle a....