Il était épuisé. Il poussa un énorme soupir qui retentit dans les quatre coins du salon, et s'essuya le front avec son mouchoir.
Léontine l'avait trouvée joliment grotesque cette éloquence de notaire.
--Relevez-vous, dit-elle, en souriant d'un air sardonique, je vous pardonne.
Il se releva. Son enthousiasme était quelque peu tombé. Seulement il avait dans les paupières des éclairs de chaleur qui indiquaient un orage. Il acheva par où il eût dû commencer.
--Votre père vous a dit, n'est-ce pas, que je sollicitais votre main.
--C'est vrai, mais vous n'êtes pas généreux; vous menacez mes parents de toutes sortes de malheurs si je résiste à vos instances.
--Je vous aime tant que je ne reculerai devant rien pour vous obtenir....
--Ce n'est pas moi que vous aimez alors, c'est vous même.
--C'est vous, mais parce que vous devez être à moi. N'est-ce pas toujours ainsi?
Mademoiselle D'Aucheron lui fit comprendre qu'elle ne pouvait pas décemment rompre avec l'autre et s'engager avec lui en une minute. Elle passerait pour une étourdie. Elle eût mieux aimé ne point se marier; cependant s'il fallait faire cet acte de dévoûment pour sauver ceux qui avaient eu soin de son enfance, elle se sentait capable de le faire. Mais celui qui l'épouserait serait bien sot de prendre une femme incapable de l'aimer. Elle ne serait que sa servante dans sa maison, car une femme qui n'aime point son mari ne fait plus dans sa maison que le rôle d'une servante.