Le ministre qui l'avait d'abord accueilli avec une affabilité toute particulière, prit un air digne. Lui aussi il voyait tomber ses illusions. Il ne put s'empêcher de songer à l'indien. Ce maudit sauvage était-il donc réellement pour quelque chose dans le désagrément qui lui arrivait? Il faudrait éclaircir ce mystère et.... gare à lui!... il lui apprendrait à ne pas se mêler des affaires des autres...

Il sortit pour secouer un peu sa torpeur morale et dissiper l'essaim de ses pensées noires. Il rencontra un ami qui lui dit à brûle pourpoint:

--A quand ton mariage?

--Va au diable avec tes questions indiscrètes! pensa-t-il.

Il en rencontra un autre qui lui apprit que la belle mademoiselle D'Aucheron épousait le notaire Vilbertin. Un mariage d'intérêt.....

Il devint blême et une sourde colère gronda dans son âme.

--Est-ce bien vrai, ce que tu dis-là? demanda-t-il en tremblant.

L'ami ne remarqua pas son émotion et répondit.

--C'est absolument vrai. D'Aucheron donne sa fille pour sauver sa fortune. Il a des relations d'affaire très intimes avec le notaire.....

L'Honorable monsieur Le Pêcheur continua sa promenade la tête basse, l'esprit très préoccupé. Il s'expliquait la volte-face exécutée si prestement par D'Aucheron, et se consolait en songeant que la capture n'eut pas été alors excessivement importante. Mais il aperçut le notaire qui venait avec la Langue muette, et la jalousie lui darda ses aiguillons dans le coeur.