La jalousie brûla comme un fer rouge le coeur voluptueux du notaire et un éclat sinistre fit étinceler ses yeux.
--Le diable m'emportera, s'écria-t-il, avant qu'un autre possède cette femme qui m'est promise.
--Le diable, dit l'indien, t'emportera peut-être, mais, à coup sûr, tu ne l'auras point.....
--Je voudrais bien savoir, par exemple, si ce drôle-là, va s'immiscer plus longtemps dans mes affaires. Il va voir ce que peut un homme que l'amour influence et que le sentiment de la conservation dirige.... Mais si tu me trompes, toi, tu me le paieras cher.....O mes rêves d'or! fit-il en soupirant, en aparté, ô mes suaves espérances! ô mes divines amours!
Il faisait le fanfaron, mais il était effrayé. Peu accoutumé à la lutte, il s'irritait d'être forcé de descendre dans l'arène. Sa défense à lui, comme ses moyens d'attaque, c'était l'argent. Son coeur saignait un peu sans doute quand il fallait déposer en holocauste, sur l'autel de quelque dieu puissant, d'adorables pièces d'or; mais le sacrifice n'était jamais offert en vain, et les nouvelles jouissances faisaient oublier les déchirements qu'elles avaient coûtés. Ce riche sioux se moquerait sans doute des offres d'argent qu'on lui ferait. Il ne fallait pas songer à le vaincre avec cette arme pourtant triomphante.
--Que faut-il donc faire? demanda-t-il à Sougraine.
--L'indien n'en sait rien. Si le notaire trouve quelque chose, lui, l'indien sera bien aise et il agira.
--Il faut que je voie la famille D'Aucheron d'abord. J'aimerais aussi à rencontrer le siou. Peut-être, après tout, qu'il n'est pas si redoutable que tu le dis. Ou peut le rouler. Vilbertin en a déjà vu d'autres!....
Comme il se laissait emporter agréablement par ses pensées de forfanterie, la Longue chevelure, après avoir frappé à la porte, entra marchant d'un pas majestueux, les cheveux sur le cou, revêtu d'un riche capot de loutre.
--M. Vilbertin? fit-il.