--Peut-être, dit-il; cela dépendra de Sougraine. S'il échappe, le secret reste mien et je suis maître de la destinée de cette famille; s'il est arrêté, je n'y puis plus rien, car il parlera, lui. Il faudra qu'il dévoile tout...
--Je venais vous dire que mon influence vous serait acquise si vous pouviez éloigner le malheur de cette maison...
--Savez-vous donc, M. Duplessis, quelle est cette maison que le déshonneur menace?
--Je crois le savoir, monsieur le ministre. Dans tous les cas, soit que je devine juste ou que je fasse erreur, il y a, n'est-ce pas, des gens qui sont menacés d'une horrible infortune, eh bien! sauvez ces gens quels qu'ils soient, et comptez sur mon appui dans votre élection.
--Je vais donner des ordres secrets pour qu'on favorise la fuite de Sougraine.
--Faites ce qu'il vous plaira pourvu que ce ne soit rien de mal.
--Je serais si content d'avoir votre appui! ajouta le ministre; cela m'assurerait le succès...
Le père Duplessis se disposait à sortir quand on entendit un bruit de voix dans les couloirs.
--Il est pris!... Où est-il? L'avez-vous vu? C'est M. Le Pêcheur qui va jubiler!... Une foule de paroles, des questions, des réponses, des affirmations, des doutes qui volaient, se croisaient, s'éparpillaient. Le ministre pâlit tout à coup. Il toucha le bouton de la sonnette électrique. Un garçon de bureau parut.
--Quel est ce bruit? demanda-t-il...