--Vos parents font vraiment bien les honneurs de leur maison, lui dit le jeune ministre, qui venait de s'asseoir auprès d'elle, aussi, comme tout le monde se livre à la joie; vous seule semblez un un peu ennuyée: n'aimez-vous donc pas ces fêtes.

--Mes invités à moi ne se montrent guère empressés, et cela me fait de la peine.

Elle souligna cette phrase.

--Ah! vous attendez quelqu'un?

--Deux amis seulement.

--Et s'ils ne viennent pas, ne vous laisserez vous point distraire ou consoler un peu par d'autres amis qui, pour être nouveaux, n'en seront pas moins dévoués et fidèles?

--Je tâcherai de déguiser mon désappointement, mais j'ai peur d'y mal réussir.

XI

La première danse s'organisait. Les instruments de musique jetaient les premières notes éveillées, comme des oiseaux qui essaient leurs jeunes ailes. Des vibrations sonores, des soupirs mélodieux, des fugues vives comme des fusées, arrivaient par vagues harmonieuses avec des bouffées d'arômes. Toutes les figures riaient, tous les yeux étaient chargés d'éclairs.

Le ministre dansa le premier quadrille avec mademoiselle Léontine. Ils avaient pour vis-à-vis M. D'Aucheron et madame Griflard. Le notaire Vilbertin eut l'honneur de danser avec la maîtresse de la maison. Duplessis refusa. Les figures du quadrille étaient pour lui d'inextricables dédales où il se serait invariablement perdu. Il danserait peut-être un cotillon, tantôt, après les autres. Le député flottant avait jeté son dévolu sur madame Baudriol, une blonde un peu fade, mais fort sentimentale. Elle parut bien heureuse de danser avec un député. Plus tard elle dansa avec un épicier et elle parut bien heureuse encore. Elle passa par le quadrille, le lancier, la caledonia, le cotillon, le Sir Roger de Coverly, etc., avec le député, l'épicier, le marchand de charbon, l'échevin et le conseiller, et elle parut toujours bien heureuse.