--Je me contenterai de ces excuses, répondit le ministre.
--Il n'est guère difficile, dit Duplessis à son voisin, mais: «A petit saint petite offrande.»
Le ministre, tout triomphant, passa dans le salon. Léontine causait avec Ida de l'incident qui venait de se produire dans le fumoir, car tout ce qui se disait là s'entendait du salon. Léontine, tout en étant bien aise de voir Rodolphe donner la réplique à son rival, craignait qu'il ne se fît un ennemi de son père.
--Je crois que j'ai mal choisi mon temps pour demander une subvention plus considérable en faveur des maisons de charité et d'éducation, dit le père Duplessis.
--Et moi, répliqua Rodolphe, je ne me suis guère affermi dans les bonnes grâces de M. D'Aucheron.
--Je vous dirai monsieur le docteur que le temps détruit tout ce qui est fait et la langue tout ce qui est à faire.
XIII
Minuit approchait et madame D'Aucheron regardait souvent à sa pendule. Les aiguilles d'or se promenant lentement dans leur cercle fatal, marquaient sans cesse les moments de la vie que nous avons à jamais perdus, car les horloges ne sonnent que les heures passées. Une horloge c'est le plus terrible témoin de notre néant; c'est un doigt qui nous montre sans cesse la fuite irréparable du temps. Cependant pour madame D'Aucheron les aiguilles ne se hâtaient point assez. Elle était anxieuse. Les sauvages devaient entrer au coup de minuit.
L'honorable M. Le Pêcheur avait réussi, par une manoeuvre adroite, à se trouver seul avec Léontine et il était en train de lui raconter comment il avait forcé Rodolphe à lui faire des excuses. Il amplifiait un peu, et corrigeait à son avantage certains détails de la scène. Léontine le laissait dire et regardait d'un oeil distrait les méandres de la danse.
--Mon honneur de ministre et la qualité plus agréable que je dois avoir à vos yeux, mademoiselle, m'obligeaient à le traiter ainsi.