--Ainsi, demanda au sioux l'un des invités désireux d'entendre la suite du récit commencé, vous les avez sauvés l'un et l'autre du feu de la prairie?

--Quand je suis arrivé près de la jeune fille, elle venait de tomber la face contre terre, je la mis en travers sur ma monture. L'homme se sauvait encore: il l'avait abandonnée. Cependant, il ne pouvait aller guère plus loin. Je le pris aussi avec moi et nous courûmes comme un tourbillon devant l'incendie. Ah! mon pauvre coursier, comme il nous emportait bien! Je conduisis sous ma tente mes deux protégés. Ils furent respectés, car chez nous l'hospitalité est la plus sacrée des choses après la tombe. Cependant l'on me reprocha de n'avoir pas apporté que deux chevelures. J'avais résolu de ramener avec moi la jeune fille afin de la rendre à ses parents, si je les pouvais rencontrer. Son séducteur devait continuer sa route vers la terre de l'or. Il suivit un parti de chasseur. Je le revis deux ans après dans la ville de Los Angeles. Depuis, je ne l'ai jamais rencontré. Pourtant j'ai traversé en tous sens les immenses régions qui bordent la grande mer où le soleil va chaque soir noyer ses feux.

Au moment où je prenais ma carabine pour franchir une dernière fois le seuil de mon wigwam avec ma femme, mon enfant et la jeune Canadienne, continua le sioux, j'appris qu'une bande de voyageurs qui revenaient des mines d'or par les gorges de nos montagnes, avait été surprise, la nuit, à deux pas de notre village, et que l'un d'eux avait été tué à la porte de la tente où dormaient ses compagnons.

--C'était Casimir Pérusse, notre voisin autrefois, dit vivement l'amie de Léontine. Ma mère m'a souvent parlé de ce tragique événement, ajouta-t-elle.

Tous les yeux se tournèrent vers mademoiselle Ida.

--Je suis bien aise, mademoiselle, lui dit la Longue chevelure, je suis bien aise d'apprendre cela. Avec votre secours je pourrai peut-être retrouver quelques uns de ceux qu'alors j'ai sauvés d'une mort certaine, et, en retour du bien que je leur ai fait, ils me diront si mon enfant a péri avec sa mère ou si elle a échappé à la fureur de la tribu.

--Ma mère vous donnera peut-être quelques renseignements, car son frère aussi se trouvait parmi les blancs que vous avez sauvés, et j'ai entendu parler d'une petite fille.....

--Où est votre mère? et son frère, où le trouverai-je? fit anxieusement le sioux dont l'espoir se réveillait plus vif que jamais.

--Ma mère est chez elle et vous la verrez quand il vous plaira.... mon oncle et ma tante sont morts.... leur fils était ici tout à l'heure, le docteur Rodolphe.....

--Tiens! pensa D'Aucheron, j'aurais dû patienter un peu, le cousin Rodolphe avait peut-être son mot à dire..... Le temps de mettre les gens à la porte c'est quand on n'a plus besoin d'eux.