Une heure ne s'était pas écoulée qu'il se dirigeait vers le haut de la rue St. Jean. Il pensait, la tête basse:

--Il ne faut pas que l'indien se prenne dans son piège.... Allons avec prudence et sans bruit. Le serpent qui rampe est plus à craindre que le serpent qui relève la tête.... Si le moyen ne réussissait pas comme on l'espère!... Elle est riche, elle a de puissants amis.... L'indien est pauvre et personne ne le protégera. Il sera poursuivi partout; on n'aura point pitié de lui. Quelle vie misérable il mène! Comme elle est heureuse, elle! Non, cela n'est pas juste, cela ne peut pas durer plus longtemps. Il faut qu'on ait de l'argent, que l'on vive à l'aise. Si elle ne veut pas tendre la main à l'indien son frère, elle verra ce qu'il peut faire.

Il rencontra, sans les voir, Rodolphe et Léontine qui marchaient lestement épaule contre épaule, l'air tout joyeux. Ils se vengeaient des souffrances de l'autre jour et bâtissaient avec des rayons leur château de Notre-Dame-des-Anges.

Il entra. Madame recevait, bien malgré elle cependant.

Le préambule fut court.

--Le sioux a raconté, l'autre soir, commença-t-il, une histoire qui t'a bien impressionnée, hein?

--C'est vrai. Je suis sensible, voyez-vous, très sensible, et nerveuse, oh! très nerveuse, répondit, avec assez d'assurance, madame D'Aucheron.

--Avais-tu peur que la jeune fille fût dévorée par le feu de la prairie?

Madame D'Aucheron ne répondit pas immédiatement.

--Le danger était grand, dit-elle enfin, et son lâche compagnon n'avait pas le courage de mourir avec elle,... avec elle qui avait tout trahi, tout abandonné pour le suivre.