--Il m'a dit en effet, que tout est fini entre elle et lui.
--Tu vois bien, ma chère Aglaé, que je te dis la vérité, et que lui, le traître, il me calomnie. Viens! marchons ensemble; conte-moi tout; je ne crains rien, et nos ennemis travaillent en pure perte. Ils ne réussiront jamais à m'éloigner de toi, Aglaé, car je t'aime.
--Tu m'aimes! Ah! si c'était vrai! Il dit, lui, que c'est pour avoir ma terre que tu m'épouses et que te ne te soucies que fort peu de moi.
En parlant ainsi les deux fiancés suivirent, côte à côte, le bord du chemin qui conduit à l'église.
--Il dit cela, le misérable! il ose parler ainsi? Il me le paiera, je le jure! S'il a le malheur de remettre les pieds à la maison, gare à lui!
--Il avait bien l'air d'un homme qui ne ment pas.
--L'hypocrite! Les hypocrites, Aglaé, ce sont les plus dangereux de tous les méchants, parce qu'ils ont l'air bon et que l'on ne se défie pas d'eux.... Dire que je t'épouse pour ton bien, quel mensonge! Tiens! renonce à ta dot; je veux t'épouser pauvre afin que tu saches bien comme je t'aime. Moi, passer pour un avare, pour un garçon trompeur et malhonnête!... ah! tu me causes de la peine, Aglaé! Je n'ai donc plus ta confiance? Tu crois donc que l'ex-élève est plus franc que moi?... Aglaé, si quelque jeune fille venait me dire du mal de toi, je les.... Ah! c'est affreux....
Et la voix nasillarde de Picounoc était devenue sifflante comme une voix de vipère. Aglaé renaissait à la confiance, et se trouvait heureuse de pouvoir douter de la bonne foi de l'ex-élève. Les larmes qui avaient voilé ses yeux se desséchèrent vite, et, quand elle arriva à l'église, elle était toute joyeuse.
Picounoc revint chez lui fier de son nouveau succès. Il alla s'asseoir sur le bord de la côte afin de n'être pas dérangé dans sa rêverie, car il voulait rêver. Parfois, dans son ardeur, il parlait seul, et des oreilles indiscrètes auraient pu recueillir ces lambeaux de phrases.
--La simple qu'elle est!... comme elle se laisse prendre!...