Mais les guerriers montèrent la côte avant que le secours put arriver aux chasseurs qui se trouvèrent ainsi fatalement divisés. Le grand-trappeur se défendait bien et il était admirablement secondé par son ami John.
Tenant son fusil par le canon, il frappait en diable au risque de le casser, car il n'avait pas le temps de charger ses pistolets. Il ne restait plus que six sauvages en état de se battre, et six contre deux hommes comme le grand-trappeur et l'anglais, ce n'était qu'une bouchée.
L'ex-élève et son compagnon revinrent par derrière les guerriers, et, pour donner le change ou les diviser, ils firent feu. Une balle traversa le dos du moins vigoureux, qui se trouvait en arrière. Il tomba sur la face pour ne plus se relever. Toute la troupe allait retourner sur ses pas pour riposter, quand une clameur s'éleva: le grand-trappeur! le grand-trappeur! Les guerriers venaient de reconnaître celui qui était la terreur des bandes sauvages. Alors, dédaignant les autres ennemis, tous se ruèrent vers le rocher où il s'était caché.
--Prenez-le vif! ordonna le chef! son supplice nous dédommagera de la perte que nous venons de faire.
--Le grand-trappeur, acculé au rocher, voyait bien qu'il n'y avait plus de fuite, ni de salut possibles pour lui: il ne voulait que gagner du temps pour décimer quelques têtes de plus, ou permettre à ses gens de s'enfuir. Cependant la fatigue le gagnait, et son bras perdait de l'agilité. La carabine tournoyait moins vite. Rapide, l'un des guerriers s'élança à ses pieds, passant au dessous de l'arme dangereuse, et l'enlaça de ses deux bras. Le grand-trappeur le repoussa rudement et le fit rouler au loin, mais, dans cet effort, il perdit un mouvement des bras, et deux autres guerriers se jetèrent sur lui. L'un des deux s'affaissa aussitôt; une balle, poussée avec adresse lui avait percé le crâne. Ce fut le dernier qui tomba. Epuisé, le vaillant canadien céda au nombre. Il fut écrasé. Six indiens, animés par la plus ardente colère, le garrottèrent étroitement pendant que les autres tenaient en échec ses compagnons désespérés.
Les indiens comprirent que les blancs n'étaient pas nombreux quand ils virent les coups de fusils et de pistolets se faire si rares. Alors ils laissèrent déborder leur joie, et entonnèrent un chant de victoire.
L'ex-élève, John et Félix, pleurant la perte de leur chef valeureux descendirent la côte et se cachèrent sur le rivage en attendant le départ de leurs ennemis.
VII
ROBERT ET CHARLOT
Picounoc entra de nouveau chez la veuve Letellier en revenant de Ste. Emmélie. Il avait l'air découragé, et Noémie, en le voyant, comprit qu'elle n'avait plus rien à espérer.