--Monsieur!
--Apportez deux assiettes.
--Paméla s'en vint de la cuisine, souriante et lissée. Les deux étrangers la regardèrent attentivement, puis se firent un signe de l'oeil. Paméla qui les surprit se dit en elle-même.
--Friponne que je suis! je fais encore frissonner les barbes blanches....
VIII
OU BAPTISTE REPREND SON RÉCIT
Les trappeurs entendirent longtemps les sauvages joyeux chanter en s'éloignant, et ces chants de triomphe les remplissaient de douleur. Tantôt ils regrettaient de ne s'être pas fait tuer tous en défendant leur brave compagnon, et, tantôt ils se consolaient par la pensée que, peut-être, ils pourraient le délivrer.
Quand les voix aigres et insolentes des guerriers se furent éteintes dans le lointain, les trois blancs sortirent de leur cachette et remontèrent un peu le cours de la rivière, marchant sur le rivage désert. Ils espéraient être vus de Baptiste, leur camarade, s'il ne s'était pas trop enfoncé dans la forêt. Et il avait dû être curieux de connaître le résultat de la bataille. Cependant, personne n'apparaissait de l'autre côté de la rivière, et un silence profond régnait aux alentours. Alors l'un des blancs, faisant de sa main un porte-voix, cria par trois fois, avec une force étonnante que multipliaient les échos de la rive et des bois: Baptiste! Baptiste! Baptiste...! Et loin, bien loin, de divers côtés, on entendit répéter dans la vaste solitude: Baptiste! Baptiste! Baptiste! et puis, tout fit silence. Mais, bientôt, à cet appel répondit une voix connue, et l'on vit descendre un homme sur le rivage. C'était Baptiste. Nageur habile, il eut vite fait de s'ouvrir un chemin dans les vagues limpides de la rivière. Ruisselant d'eau, il se précipite dans les bras de ses amis. Raconter la scène qui venait d'avoir lieu fut l'affaire de quelques minutes. Quand Baptiste apprit que le grand-trappeur était tombé au pouvoir des Couteaux-jaunes, il leva les bras au ciel avec désespoir: Mon Dieu! dit-il, est-ce possible...? Il faut le sauver ou mourir avec lui!
--All right! dit John.
--Bene! cria Paul Hamel, l'ex-élève.