Le bossu tourna les talons; il était furieux. Marguerite se rendit chez Noémie. Elle était comme abasourdie par la menace mystérieuse du bossu, mais peu à peu, dans la douce intimité de Victor, elle oublia le fâcheux prétendant. Ce fut le rayon du soleil après le grondement du tonnerre.

Picounoc et le bossu causèrent longtemps. Picounoc dit: Il faut que je fasse accroire à Victor qu'il aura Marguerite, sinon, il se fâche et me fait perdre le fruit de vingt ans de travail. Tu comprends? sa mère en raffole et passe par toutes ses fantaisies. Depuis qu'il lui a laissé entendre qu'elle ferait bien de convoler avec moi, mes affaires de coeur ont avancé de moitié. Ça va comme sur des roulettes.

--J'y consens, mais, fais attention. Si tu me trompes je te dénonce: Je révèle à Victor et à sa mère tout ce que tu as dit et fait contre eux, pour les ruiner dans leurs biens, et les plonger dans la misère.

Les deux amis se donnèrent une poignée de main.

Quand le bossu entra dans sa demeure de la rivière du Chêne, il la trouva dans un désordre complet. Il était évident qu'elle avait été mise à sac. Les tiroirs des bureaux et des commodes ouverts, les meubles renversés, le comptoir forcé, les lits éventrés, tout attestait le passage d'un voleur bien décidé à accomplir son oeuvre en conscience. Le bossu poussa un juron énorme:

--Robert! Charlot! canailles!... j'aurais dû m'en douter! Comment se fait-il que je ne vous aie pas devinés plus tôt?...

Puis, il appela Paméla, mais Paméla ne répondit point. Il la trouva liée solidement sur un lit, un bâillon entre les dents. La délivrer ne fut pas long.

--Ce sont eux, dit il, les misérables?

--Oui, dit Paméla en poussant un profond soupir, ce sont eux!

--Robert et Charlot?