--Le bossu nous dérange un peu, la mère, n'importe, nous vous conterons notre voyage un autre jour. Et ils sortirent.

Le bossu entra. Il avait l'air d'un homme bien élevé; mais la colère animait encore son visage, et sa parole était brève et saccadée.

--Est-ce qu'il n'y a pas de police ici, que les gens sont attaqués en plein midi par la valetaille des rues?

--La police, Monsieur, répondit la vieille, elle se cache ou se sauve quand on l'appelle, comme le chien de M. Nivelle... ah! ce n'était pas comme cela de notre temps!

--Vous ne vieillissez pas, mère Labourique, vous êtes fraîche comme à cinquante ans.

--Ah! pardon, Monsieur, je ne vaux pas grand'chose maintenant, je m'aperçois bien que je m'en vais... mes jambes sont paralysées et je passe ma vie dans ce fauteuil, c'est bien ennuyeux, allez! et j'ai hâte d'aller dans un monde meilleur....

--Vous l'avez bien mérité la mère.

--J'ai fait mon possible....

Le bossu avait envie de rire. Il demanda à la femme qui était au comptoir, si elle était bien Louise, et but un verre de gin pour se donner du ton. Louise répondit qu'elle était bien elle-même, mais que les chagrins de toutes sortes la rendaient méconnaissable.

--Je ne me rappelle pas de vous, Monsieur, ajouta-t-elle, est-ce que vous êtes venu ici, déjà?