Les Couteaux-jaunes s'avançaient lentement et joyeusement vers le lac Noir. Le Hibou blanc poursuivait de ses assiduités la belle Iréma qui demeurait insensible et inconsolable.
--Jamais Iréma ne pourra aimer, disait-elle, celui qui a tué son fiancé.
--Si tu ne m'aimes pas de bon gré, tu m'aimeras de force.
--Iréma n'a pas peur des tourments, ni de la mort. Elle sera heureuse de souffrir et de mourir pour Kisastari son époux.
--Ne prononce jamais ce nom devant moi!
--Kisastari! c'est le nom que j'aime.
--Le Hibou blanc se vengera....
--Le Hibou blanc n'est pas un véritable indien, et il a peur des tortures....
Comme le grand-trappeur, Iréma avait les mains enchaînées--car on la savait capable de s'enfuir seule à travers la forêt. Souvent elle regardait le visage pâle qui l'avait sauvée, et elle eut donné sa vie pour lui rendre la liberté. Quand les deux prisonniers se rencontraient, ils échangeaient de tristes et éloquents regards.
La troupe atteignit le lac Noir, et elle fit retentir de ses cris de joie les ondes solitaires et les bois mystérieux. Les danses et les chants durèrent tout un jour. Les jeunes guerriers, vers le soir, s'approchèrent du vieux chef en lui dirent: