--C'est un étranger; les Couteaux-jaunes ont eu tort de se fier à lui, dit un autre.
--C'est une honte pour nous!
Le vieux chef s'avança au milieu d'eux: Depuis que je suis avec vous, dit-il, vous n'avez pas été bafoués par vos ennemis, et vous les avez souvent vaincus. Quand j'étais jongleur, je vous prédisais votre bonne fortune et vos triomphes, depuis que je suis devenu le premier de la tribu que j'avais adoptée, ai-je jamais trahi mes compagnons ou failli à ma tâche? Vous devez donc avoir confiance en moi, et croire que tout ce que j'ordonne est pour la gloire et le bien de la tribu. Je veux une femme; et celle que je veux, c'est Iréma, la fiancée de Kisastari que vous avez tué. Elle ne sera ma femme qu'à une condition. C'est que je rende la liberté au grand-trappeur.... Le voulez-vous?
Un frémissement s'empara des indiens attentifs: Rendre la liberté au grand-trappeur! s'écrièrent-ils stupéfaits.
--Si vous ne le voulez pas, je me soumettrai, car le vieux chef aime mieux sa tribu qu'il ne s'aime lui-même....
--Le Hibou blanc est avec nous depuis autant de lunes qu'il y a de branches à cet arbre, et il nous a toujours été dévoué, qu'il fasse donc selon ses désirs! s'écria l'un des indiens.
--Eh bien! mes enfants, reprit le chef, d'une façon câline, et parlant bas pour n'être pas entendu des autres, consolez-vous, tout ne sera pas perdu, le grand chef ne nous échappera pas. Il sera mis en liberté, mais vous allez l'attendre sous les bois. Que dix d'entre vous s'élancent dans la forêt, du côté du soleil, je vais le renvoyer par là.
Aussitôt dix des plus agiles disparurent sans bruit.
Le grand-trappeur avait bien vu qu'il se tramait quelque nouveau complot; mais il n'avait rien entendu, et toujours il supposait que l'on s'évertuait à trouver un genre de mort digne du mal qu'il avait causé. Quelques heures s'écoulèrent avant que le Hibou blanc s'approchât de lui; heures d'angoisses et d'agonie que celui qui va mourir peut seul comprendre.
--Frère, dit le Hibou blanc.