Une voix sourde gémit tout à coup sous les rameaux épais à quelques pas en arrière.

--Tout le monde eut un mouvement de surprise, et les yeux se tournèrent vers l'endroit d'où partait cette plainte.

Le grand-trappeur s'arma d'un tison de feu pour s'éclairer et entra hardiment dans le fourré. Ce pouvait être une embûche, n'importe! il avait des moments de folle témérité. Le prêtre et les indiens le suivirent. Il n'avait pas fait dix pas qu'il s'arrêta, poussant un cri de terreur: Kisastari! A ce cri répondit un gémissement; et les quatre indiens, se penchant à leur tour sur le corps de leur jeune chef, se mirent à faire de grandes lamentations.

Kisastari, se croyant tout à fait hors de danger, n'avait, pour ainsi dire, plus songé à sa blessure, et il s'était mis à chasser en se dirigeant vers la rivière. La plaie se rouvrit et nul n'était là pour la cicatriser. Une plaie dans le dos ne peut être guère soignée que par une main étrangère. Le sang se mit à couler, et, bientôt le chasseur épuisé descendit au bord de la rivière et s'efforça d'allumer un petit feu, pour réchauffer ses membres refroidis, et appeler, peut-être, un secours trop tardif. Le feu s'éteignait et il voulut aller ramasser de nouvelles branches sèches, quand, son pied s'embarrassant dans les chicots, il tomba sur la face et ne se releva plus.

Le missionnaire se hâta, de fermer la plaie saignante, sur laquelle il appliqua un bandage de toile de lin, et fit prendre quelques gouttes d'eau de vie au malade que les indiens déposèrent sur une couche de branches près du feu. Les Soeurs de Charité veillèrent en prière toute la nuit, craignant qu'il ne mourut sans pouvoir parler et se confesser, car Kisastari était un converti. Le missionnaire lui donna l'absolution.

Le grand-trappeur, était pensif; il s'apercevait que les indiens le regardaient avec froideur et défiance et cela lui causait du chagrin. Il n'avait pu dire comment Kisastari était venu tomber ainsi, sous un coup presque mortel, près de ce feu mourant, seul, au bord de la rivière. Il avait raconté l'attaque des Litchanrés par les Couteaux-jaunes, et la captivité d'Iréma, mais il ne savait pas que le jeune chef, tombé d'abord sur le champ de bataille, avait été trouvé et soigné par les trappeurs canadiens. Il crut et dit que Kisastari, blessé, s'était sans doute sauvé loin du champ du carnage.... Ours grognard répliqua en secouant la tête: Notre frère, le grand-trappeur, sait bien que le jeune chef ne se sauve jamais, et qu'il serait mort en se battant contre les Couteaux-jaunes ses ennemis.

--Oh! oui, affirma Renard d'argent, notre frère sait bien cela.

--Et vous autres, vous savez bien aussi que le jeune chef à toujours été mon ami, et que je n'ai jamais frappé un ami....

Les deux indiens secouaient la tête....

--Et puis, ajouta le grand-trappeur, ignorez-vous que le grand-trappeur ne frappe jamais par derrière, mais toujours eu pleine face?