Le jour de la vente arriva. Les citoyens se rendirent en grand nombre à l'église où se faisait la criée. Plusieurs avaient l'intention d'acquérir cette belle propriété, pour eux-mêmes ou pour leurs garçons en âge de s'établir. Trois habitants avaient fait le voyage de la ville pour s'assurer de la somme d'argent nécessaire dans le cas où là terre leur serait adjugée. L'un s'était adressé à Monsieur Larivière, le second à M. Venner; l'autre, plus heureux, n'avait pas trouvé de prêteur. L'encanteur lut les conditions de la vente, et chacun écouta des deux oreilles.
--Maintenant, Messieurs, une offre, s'il vous plaît, dit le crieur, une offre pour commencer, une offre pour la terre de St. Eustache. Vous la connaissez; c'est la meilleure et la plus belle terre de la paroisse....
--La veuve avec? demanda un farceur.
Ce fut un éclat de rire.
--La veuve est pour Picounoc, répondit un autre.
--Allons, Messieurs, allons! reprit l'encanteur, décidez-vous! décidez-vous! il n'y a que le premier pas qui coûte, c'est comme la confession....
--C'est le premier péché qui coûte à dire à la confession.
--On commence par le dernier!
--Allez-vous faire silence! on dirait des enfants, reprit l'encanteur.
--Cent louis! cria une voix.