--Qui est-ce qui vient de mettre? demanda le crieur.

--Moi! répondit une voix.

--A trois cent cinquante cinq louis, rien que trois cent cinquante cinq louis!... c'est pour rien! ce n'est pas la moitié de la valeur.... Faut la rendre à quatre cents au moins.... Voyons! êtes-vous, bien décidés! avez-vous tous fini? A trois cent cinquante cinq louis, une fois! à trois cinquante cinq louis deux fois! à trois cent cinquante cinq louis... eh! eh! attention! personne? fini? toi? vous? Non?... eh bien! ça y est!... eh! trrrois! fois! Adjugé M. Saint-Pierre!

--Picounoc! c'est Picounoc qui l'a achetée! il paraît que le voilà grand propriétaire!

Comme le prix de vente rencontrait les frais et les créances du bossu, la vente fut suspendue, et la terre à bois ne fut pas mise à l'enchère.

Cette journée fut bien triste pour Noémie et pour Victor, le jeune avocat. Victor s'était donné bien du mal pour trouver de l'argent, et empêcher le bien paternel d'être vendu par le shérif, mais il se heurta contre des coeurs insensibles ou indifférents. Il eut toutefois un éclair d'espérance; l'un des notaires agents qu'il vit, lui fit croire que le prêt serait bien possible, si les renseignements qu'il donnait étaient exacts; et Victor savait qu'il n'avait pas même fait valoir toutes les raisons qu'il avait d'emprunter, ni toutes les garanties qu'il pourrait offrir. Le notaire écrivit à une personne de Lotbinière qu'il connaissait bien, pour lui demander s'il y avait quelque risque à prêter trois cents louis à la veuve Letellier. Le jeune avocat attendait la réponse avec impatience, car il connaissait cette démarche du notaire. La réponse arriva. La voici:

Ne prêtez pas plus de deux cents louis, vous perdriez; et, comme deux cents ne paient pas toutes les dettes, vous ne pourriez pas être substitué au demandeur et avoir la première hypothèque.

PIERRE-E. ST. PIERRE.

P. S.--Ne montrez pas cette lettre à Victor, et ne parlez pas de moi.

Victor entra plein de confiance dans l'étude du notaire.