--Ta m'étonnes! En vérité, il consent?

--Il consent!...

--Je pleurais ce matin... oh! que j'étais loin de soupçonner toute la félicité que devait m'apporter le soir!

Le lendemain matin, Picounoc chantait en allant à la fenaison, et, quand il s'arrêtait pour aiguiser sa faulx, on aurait dit que la pierre faisait aussi chanter l'acier sonore. Tout riait dans la prairie. Le foin était plus embaumé, le soleil, plus brillant, le vent, plus frais. Oh! que tout est beau dans la nature quand notre coeur est plein de joie! Marguerite, en faisant le ménage, se surprenait à sourire, et, à tout instant les éclats joyeux de sa voix se mêlaient aux accents des petits oiseaux curieux juchés dans les peupliers. Victor et sa mère causaient ensemble des douleurs du passé, des surprises du présent et des joies de l'avenir.

Il fut décidé que les deux mariages auraient lieu le 15 d'octobre et seraient célébrés à la même messe.

Victor revint à Québec plus joyeux qu'il n'en était parti, il se remit au travail avec un zèle admirable, et la pensée de Marguerite l'aiguillonnait en embellissant ses jours.

Un soir, le bossu se présenta chez son ami Picounoc. Il avait revêtu ses habits de drap noir et planté sur sa tête un castor à peine étrenné. Marguerite le salua en souriant d'une façon tout à fait gentille! Il en fut charmé, car elle avait coutume d'être avare de ses sourires. Il crut que c'était un heureux présage: Je savais bien, pensa-t-il, avec un grain de vanité, qu'elle finirait par s'apprivoiser. Les femmes ne résistent pas longtemps à l'or que l'on fait miroiter à leurs regards.... Les femmes choisiront toujours pour mari le plus riche de leurs prétendants, et elles ont raison, car l'amour est un enfant gâté, et le gueux ne saurait satisfaire ses fantaisies.

Picounoc se présenta tout à coup et fit envoler la dissertation du bossu. Les amis se serrèrent la main, parlèrent assez longtemps de choses insignifiantes, car lorsqu'on parle beaucoup, il est difficile de dire toujours des paroles sages ou utiles. Le bossu avait l'air mal à l'aise. On voyait qu'il était tourmenté d'une pensée fixe. Il suivait du regard la jolie fille qui, mettant la derrière main au ménage, passait et repassait gracieuse et charmante, devant lui. A la fin n'y tenant plus:

--Je suis venu te demander la main de ta fille, dit-il à Picounoc, assez bas pour n'être pas entendu de Marguerite.

--Parle-lui, mon cher, tu connaîtras ses intentions, ses idées. Si elle n'a pas d'objection, je n'en ai aucune, répondit l'habitant. Et il sortit, laissant son ami seul avec Marguerite.