--Et où est-il maintenant, le grand-trappeur?

--Je n'en sais rien.

--Il l'a peut-être fait assassiner?

Iréma sentit un frisson lui courir dans tous les membres. Elle resta silencieuse pendant une minute, puis elle dit tout émue: S'il l'avait tué, est-ce que je serais libre?

--Oui, certainement, répondit la soeur.

Iréma vit comme un éclair de joie traverser son esprit. L'idée de la liberté, la pensée d'échapper au vieux chef, lui fit oublier un instant ce qu'elle devait au grand-trappeur. L'égoïsme eut un instant de triomphe, mais bientôt elle retomba dans une mélancolie profonde: Il n'y a pas d'alternative, pensa-t-elle tout haut, s'il est mort, je le pleurerai toujours, et s'il vit.... Elle acheva sa pensée par une douloureuse secousse de tête.

Les Litchanrés arrivèrent. Ils dressèrent leurs tentes à l'ouest de la petite baie où s'élève le fort. Les forts ou les missions sont des terrains neutres, et l'on enterre la hache ou la carabine en y arrivant. Souvent aussi les plus heureuses réconciliations ont lieu alors, grâce au zèle et à la charité des saints missionnaires.

Le Hibou-blanc comprit qu'il ne pouvait s'entourer de trop de précautions, ni employer trop de moyens pour parvenir à son but, la possession d'Iréma. Il fit des démarches auprès de la tribu ennemie, et lui proposa la paix. Il fut accueilli avec bienveillance, car les Litchanrés, bien que braves, n'aimaient guère à verser le sang. Encouragé, le Hibou-blanc convoqua une grande réunion des deux tribus, et fit un long discours pour leur démontrer qu'elles devaient s'unir, se fondre en une seule, et n'avoir plus que les mêmes wigwams, et le même chef. Plusieurs murmurèrent, disant qu'ainsi les Litchanrés, qui n'avaient plus de chef, seraient soumis aux Couteaux-jaunes.

--Je suis vieux, dit le Hibou-blanc, mes jours ne seront pas nombreux, et, alors, vous choisirez un chef parmi les Litchanrés. Ainsi chaque tribu sera traitée avec justice. En attendant je vais épouser une fille de la tribu des Litchanrés, et cimenter, par là, l'union des deux tribus.

--C'est bien! dirent les Litchanrés, mais si par la volonté du Grand-Esprit notre chef bien-aimé revenait, tu lui céderais la place.