--As-tu remarqué quels regards ils ont échangés en se quittant? insinua le traître Picounoc à son trop crédule ami.

Joseph ne répondit rien. Il n'avait rien remarqué, et pour cause, mais il était triste.

Souvent une parole perverse, dite à dessein, détruit pour jamais la paix et la félicité d'un coeur plein d'amour. C'est le poison qui transforme en une boisson mortelle l'eau fraîche et limpide de la fontaine. Malheur à la langue venimeuse qui empoisonne l'existence, comme à la main criminelle qui la détruit! Joseph s'efforça de paraître gai, et tout le monde, sauf Picounoc, le crut véritablement heureux. Picounoc, lui, devina bien le ver rongeur qui commençait son oeuvre de destruction, et il s'applaudit. La soirée terminée, chacun se retira; mais, avant de partir, l'un des convives invita tous les amis à venir chez lui, le mardi suivant, pour une autre épluchette. Tous promirent d'y aller. Djos promit comme les autres, mais il se disait à part soi: Non, je n'irai point!

IV

LE DÉMON DE LA JALOUSIE.

Djos n'avait pas offert l'hospitalité à son ancien compagnon l'ex-élève. Surpris de ce manque d'égard, celui-ci crut que son ami lui gardait rancune à cause qu'il avait mal parlé de Picounoc; et, en sortant, il lui dit:

--Djos, tu as tort de m'en vouloir.

--Je sais ce que j'ai à faire, avait répondu Djos.

--Si tu le sais, éloigne Picounoc....

--Il y en a d'autres qui devraient être éloignés avant lui. Cette dernière parole surprit tellement l'ex-élève qu'il ne répliqua rien. Noémie était à côté de son mari, dans la porte, et prenait ces paroles pour une plaisanterie. L'ex-élève lui tendit la main.