--Je vois plus d'égoïsme que de générosité dans la conduite de cet homme, ajouta l'étranger.
--C'est vrai, dit Noémie naïvement, je n'avais pas songé à cela. Mon Dieu! que je suis contente d'échapper à cet homme! s'écria-t-elle ensuite, en joignant les mains.
Une larme vint trembler au bord de la paupière du grand-trappeur.
--Retournez-vous dans le Nord-Ouest, Monsieur? lui demanda Victor.
--Je ne sais guère, je vous jure, ce que je vais faire, ou ce que je vais devenir....
--Ah! retournez-y donc, dit Noémie, retournez-y donc pour voir mon mari et lui dire de revenir!
Le grand-trappeur se sentait ému, et, le coeur gros, il avait peur d'éclater.
--C'est de lui que vous me parliez hier, reprit Victor, quand vous m'avez consulté au sujet d'un certain meurtre?...
--Oui, Monsieur, précisément.
--Ah! il n'est pas coupable! s'écria de nouveau Noémie, dites-lui qu'il revienne, et mon Victor, son fils, le défendra bien contre ses accusateurs! Vous lui direz que Victor est avocat.... N'est-ce pas, Monsieur, que vous lui direz ces choses, et que vous le conseillerez de revenir vivre avec nous?... Voyez-vous, je n'ai que ces deux amours au monde, mon enfant et mon mari! Ah! s'il savait ce que j'ai souffert! s'il savait comme je l'ai aimé, comme je lui ai toujours été fidèle!... Ah! qui donc a pu lui faire croire que je ne l'aimais plus! que je pouvais m'oublier jusqu'au point de faire entrer la honte ou le déshonneur dans ma maison! Mon Dieu! mon Dieu! vous seul connaissez les larmes que j'ai répandues et les tortures que j'ai endurées!... Tenez, Monsieur, s'il revenait!... il me semble que tout ce passé d'afflictions et d'amertume, ne serait qu'un mauvais rêve bien vite oublié!... S'il revenait! nous reprendrions la vie... la vie de bonheur et de paix où nous l'avons laissée il y a si longtemps, et nul ne pourrait plus, jamais, jamais, nous arracher l'un à l'autre, que le bon Dieu, quand il trouverait nous avoir assez récompensés de nos longues années de martyre! Ah! s'il revenait, Monsieur, pour voir son enfant, son petit Victor qu'il a laissé au berceau et qui est maintenant un si beau jeune homme! comme il en serait fier de son Victor!.. Mais il ne me reconnaîtrait plus, hélas!... les chagrins ont laissé de profondes traces sur ma figure! Il ne me retrouverait pas brillante de jeunesse comme autrefois!... et, peut-être!... Mais non! il m'aimerait encore, car je l'aime toujours, moi!... Dites-lui, Monsieur, dites-lui tout ce que vous entendez, tout ce que vous voyez!... Ah! vous pleurez!... vous êtes bon! vous êtes sensible! vous comprenez les souffrances de mon pauvre coeur!... Vous irez, n'est-ce pas, jusqu'à ces pays de glace d'où vous venez, pour en ramener mon mari! Vous lui direz que vous avez pleuré avec nous!...