La Grand-Esprit est bon! s'écria Iréma.
--Et j'espère que Kisastari reviendra bientôt, reprit à son tour le grand-trappeur, d'une voix sévère, pour avertir ses amis Renard d'argent et Ours grognard que le grand-trappeur n'est ni un lâche, ni un traître, ni un assassin....
A cette parole on vit deux guerriers Litchanrés, se faufiler honteusement dans la foule et sortir l'un après l'autre de la chapelle.
--Vous n'avez pas besoin de vous cacher, misérables, continua le grand-trappeur, que le souvenir de l'horrible action des guides, rendait un peu acerbe; vous n'avez pas besoin de fuir! Je suis assez heureux pour ne pas souhaiter de mal à ceux qui ont voulu me faire périr de faim.
Le missionnaire et les religieuses, tout anxieux, voulurent connaître à quelle trahison nouvelle, à quelle nouvelle malice, le noble chasseur avait été en butte. Le grand-trappeur leur raconta comment il avait été enfermé dans une grotte, où il était entré pour prier sur les cendres de son ancien ami, et comment après deux jours seulement il en était sorti, grâce à une corne de poudre trouvée dans une large fissure de la caverne....
Un mouvement d'indignation courut dans la chapelle; mais il fut vite remplacé par une pensée de reconnaissance envers Dieu.
--La sainte Providence, dit le missionnaire, ne vous a pas tant de fois sauvé de la main de vos ennemis, pour vous livrer à une mort ignominieuse et imméritée,... partez avec confiance. C'est alors qu'ayant embrassé sa soeur Marie-Louise, ayant serré la main au missionnaire dévoué et à ses anciens camarades, le grand-trappeur s'était mis en route.
Les indiens suivirent les avis de la robe noire: ils se réunirent comme des frères sous les mêmes tentes, allant aux instructions religieuses et se confessant. Puis la plupart firent la sainte communion. Cependant le Hibou-blanc, n'avait pas laissé la tribu, et il s'efforçait de réunir autour de lui quelques guerriers pour continuer la lutte et le pillage. Quelques uns se sentaient entraînés par ses paroles fallacieuses, mais n'osaient pas avouer leur dessein. Naskarina, honteuse de se retrouver parmi ceux qu'elle avait trahis, irritée de voir ses projets déjoués par la Providence, demeurait fidèle au renégat, et l'encourageait dans sa révolte contre les hommes de la prière. Elle s'aperçut bientôt qu'elle n'arriverait pas à son but en se montrant si franchement méchante, et elle résolut de déguiser sa noirceur sous le voile de la vertu. Il y avait un mois que les indiens avaient dressé leurs tentes autour du fort Providence. On était au milieu d'août, la plupart des sauvages allaient se rendre dans le fort pour la grande fête de l'Assomption. Mais, avant de partir, les guerriers s'assemblèrent pour élire un chef commun. On tira au sort pour savoir dans quelle tribu il serait choisi. Le sort favorisa les Litchanrés.
--Nous nous soumettons, dirent d'une voix un peu triste plusieurs Couteaux-jaunes....
--Vous êtes des lâches! gronda le Hibou-blanc.