--Il me semble vous avoir vus déjà, dit-il.
--C'est possible, répondit Charlot, mais à coup sûr, je ne vous ai jamais vu, moi.
--Jamais! fit le bossu en le fixant de son oeil de feu.
--Du moins, répondit Charlot, je n'ai pas souvenir....
--Vous avez bien changé tous deux, depuis, reprit d'un air moqueur le bossu, et, plus heureux que le reste des mortels, vous avez rajeunis au lieu de vieillir....
Les deux vieillards se regardèrent avec inquiétude.... C'est que ce soir-là ils portaient fausses barbes et perruques noires. Ils jetèrent un coup d'oeil rapide dans la porte pour s'assurer que le nouvel ami était bien seul, puis, comme la timidité n'était pas de longue durée chez eux, ils reprirent leur aplomb.
--Si nous avons changé, reprit Charlot, vous avez dû changer, vous aussi, car, foi de gentilhomme, nous ne nous rappelons pas de vous avoir jamais vu avec cet apanage sur le dos....
Le bossu devint vert de stupeur et ne répliqua rien, mais il comprit que Paméla avait parlé.... Charlot crut avoir blessé la susceptibilité du monsieur, et lui fit des excuses. Allons! pensa le bossu, Paméla n'a peut-être rien dit.... Et il reprit toute son assurance.
--Je vous connais, mes amis, dit-il, si vous ne me connaissez pas. Vous m'avez proprement dévalisé, il n'y a pas longtemps, pour me récompenser de vous avoir bien accueillis. Vous voyez que je vous connais bien et que je sais où vous prendre. Je lis à travers les masques et je descends jusqu'au fond des coeurs. Robert Picouille, Charlot Grismouche, vous êtes deux heureux gaillards, car depuis quarante ans vous courez après la potence sans pouvoir l'atteindre.... Vous voyez que je vous sais par coeur. Il n'y a pas d'oreille indiscrète ici, je suppose, et je puis parler sans crainte?
--Personne autre que vous et moi, dit la Louise....