Picounoc ne fit pas de noces. Mais comme il lui fallait quelques témoins, il invita ses principaux amis, Djos et l'ex-élève.
Quelques jours avant son mariage, il vint chez Letellier. Celui-ci était sorti: cela simplifiait l'affaire. Il dit à Noémie qu'Emmélie se sentant mieux désirait assister au mariage, et même avoir pour compagnon, son ami l'ex-élève.
--Elle m'envoie exprès pour vous demander conseil, dit-il, et un mot de votre part lui fera grand plaisir.
Noémie ne vit rien que de naturel en cela: elle dit qu'elle serait heureuse de voir Emmélie sortir un peu de sa solitude, respirer l'air, voir le soleil. Elle lui écrivit quelques mots que le faux commissionnaire garda soigneusement dans sa poche. Le jour du mariage arriva. Djos servit de père à son ancien camarade de chantiers. En allant à l'église, il lui dit:
--Pourquoi as-tu invité l'ex-élève? On n'avait pas besoin de lui.
--Un caprice de ma soeur, répondit Picounoc. Elle y tenait, et tu sais que je ne veux pas la contrarier, la pauvre enfant.
C'était un mensonge, on le sait. Mais Picounoc voulait que l'ex-élève et Noémie eussent une occasion de se rencontrer. Il se doutait bien que Djos en prendrait de l'ombrage et que, peu à peu, il en viendrait à ne plus aimer autant sa femme... il en viendrait, peut-être, à la haïr. Quel succès que celui-là et comme il faut être rusé pour y atteindre!
--Mais Emmélie n'est pas ici, comment expliques-tu cela? observa Djos.
Picounoc songea une minute:
--Tiens! répondit-il, je vais tout avouer; j'ai manqué envers toi, mais sans le savoir; oui, quand j'ai découvert la ruse, il était trop tard, l'ex-élève était ici.