«Vous tous, juges de paix, coroners et autres qui avez des enquêtes on des obligations de comparaître, déposez le tout devant ce tribunal afin que la justice de la Reine puisse avoir son cours.
«Vous tous, honnêtes gens, qui faites partie du jury de ce district pour notre Souveraine Dame la Reine, répondez de suite et épargnez vous l'amende. God save the Queen.
Le grand jury rapporta «true bills» accusation fondée contre André Barabé, pour calomnie, et contre Michel Lépingle et Nicolas Calumet, deux jeunes fripons qui se sont bêtement laissés prendre en escamotant une chaîne d'or au célèbre établissement de Duquet, pendant que la chef de la maison, renfermé dans une pièce voisine, causait au moyen du téléphone, avec les employés de son magasin de St. Roch.
Le procès de ces deux jeunes délinquants fut le premier entendu. Il ne prit qu'un moment, car les accusés plaidèrent coupables. La cause de Gagnon contre Barabé fut appelée ensuite. Beaucoup de gens éprouvèrent un désappointement. Ils n'étaient venus que pour voir le grand-trappeur, et le grand-trappeur n'avait pas même paru à la barre des criminels.
Les témoins de la demanderesse se tiennent debout près du banc des juges. Ils sont trois: Onézime Desruisseaux, Jacques Letendre et Philias Normandeau. Desruisseaux, appelé le premier, entre dans la «boîte» et prête serment.
--Votre nom? demanda le procureur.
--Onézime Desruisseaux.
--Vous connaissez l'accusé en cette cause?
--Je le connais bien.
--Est-ce un homme dont l'opinion et la parole ont de l'influence généralement sur les autres?