--Je vous le disais, docteur, fit Noémie. Et elle s'inclina, à son tour, sur le petit qu'elle embrassa bien fort. Le docteur ne s'était pas relevé encore. Tous deux se trouvèrent, un instant, fort rapprochés, au-dessus du berceau. D'un peu loin on eut pu croire que les baisers n'étaient point pour l'enfant. On se serait trompé. La distance est souvent une source d'erreurs.

Depuis une minute un homme regardait par la fenêtre, et la fureur bouleversait sa figure. Cet homme, c'était Djos. Il avait connu le cheval du docteur, et s'était glissé, sans bruit, jusqu'à la première vitre, pour voir ce qui se passait à l'intérieur.

--Il savait que j'étais au moulin, pensa-t-il... mais il ne m'attendait pas sitôt, le misérable!... Quand il vit sa femme et le médecin se tenir ainsi inclinés, tête contre tête, sur le berceau, il se précipita dans la maison.

--Ah! ah! les amoureux! hurla-t-il.... Je vous prends enfin!...

--Noémie n'a que le temps de relever la tête, et elle pousse un cri à la vue de la colère de son mari.

--Mon Dieu! Djos, tu es fou!... Ecoute! écoute!

Djos la repousse violemment.

--Misérable! tu me trompes!

Le docteur, stupéfait, le regarde et semble demander une explication.

--Vous, coureur de femmes, lui crie Djos, sauvez-vous ou je vous assomme. Ah! je sais depuis longtemps vos intentions! je connais vos desseins.... Mais j'en étranglerai quelqu'un de ces maudits-là qui nous volent nos femmes parce qu'ils sont des Messieurs.... Sortez, entendez-vous? où je vous déchire en mille morceaux comme une guenille!