--Tu choisis mal le moment, repartit Djos d'un air triomphant, elle est allée à l'église.
--Je le sais.
Ce je le sais, dit sèchement, fit perdre contenance à Joseph. Cependant il ajouta:
--Comment vas-tu faire alors?
--Suis-moi.
Djos obéit machinalement. Il suivit Picounoc pendant une dizaine de minutes:
--Où me mènes-tu? demandait-il de temps à autres.
En arrière de la maison de Picounoc, à quelques arpents, se trouvait un jardin planté d'arbres fruitiers. Les pruniers entremêlaient leurs branches serrées, les pommiers arrondissaient en dômes leurs cimes chargées de fruits, les gadelliers formaient une haie rouge et verte le long de la clôture, et quelques grands cerisiers élevaient, au dessus de tout, leurs têtes chargées de grappes de pourpre. Sous ces arbres le gazon était épais et moelleux. Il faisait bon de s'y reposer quand le soleil brûlait les prairies. Le soir, les ombres s'entassaient vite aux pieds des troncs épars, sous les rameaux touffus. Picounoc conduisit Joseph dans ce jardin:
--Reste ici, lui dit il, et ne bouge pas: il faut attendre un peu; mange des pommes pour te désennuyer.
--Et toi, où vas-tu?