--Tais-toi donc, Paul, tu me fais peur.
--Je voudrais t'effrayer assez pour t'empêcher de l'épouser. Il a été maudit de son père.... Et tu sais qu'un enfant maudit de son père est maudit de Dieu....
--Tu plaisantes, Paul; qui t'a raconté ces histoires? As-tu jamais connu son père? Personne dans la paroisse n'a jamais su son nom!
--Aglaé, te souviens-tu de ce vieillard qui fut trouvé mort, l'an dernier, sous les décombres de la cave à patates de Joseph Letellier, et qui fut enterré, comme un chien, dans le ruisseau?
--Eh bien?
--Eh bien! ce vieillard, un chef de voleurs, un assassin, un maudit lui-même--ce vieillard était le père de Picounoc.
--Mon Dieu! est-ce vrai? s'écria la jeune fille en joignant les mains.
--Dieu m'entend: je dis la vérité. Et tu sais qu'une femme qui n'a jamais laissé ses habits de deuil, est morte quelques mois après, d'une maladie étrange que le médecin n'a pas connue. Cette femme, c'était la veuve du chef des voleurs, la mère de Picounoc, la maladie, c'était la honte et la douleur.
--C'est affreux ce que tu me dis là; mais toi, tu vas bien épouser la fille et la soeur d'un maudit, pourquoi ne crains-tu pas pour toi-même le malheur que tu m'annonces?
--Non, Aglaé; c'est fini entre Emmélie et moi.