--Prêtez vos oreilles aux voix du sol, et dites-moi ce que disent ces voix.

Alors les vingt-cinq guerriers indiens se couchèrent sur la mousse et prêtèrent l'oreille aux bruits qui s'en élevaient.

--La face pâle, ô chef, se croit plus rusée que nous, dit l'un des guerrier en se relevant; mon oreille entend le bruit de son pied qui court vers la rivière pour nous tromper; mais l'indien est habile et ceux qu'il poursuit ne lui échappent point.

--Notre frère a dit la vérité, ajoutèrent les autres.

--Que ceux d'entre vous, reprit le chef, qui courent comme les daims sauvages, retournent vers l'endroit d'où nous venons et renferment les imprudents dans un cercle redoutable.

Presque tous s'élancèrent à ces mots. Mais ils coururent avec tant de légèreté que l'on entendit à peine bruire les feuilles des épinettes qu'ils touchèrent à leur passage. Le chef et les autres guerriers continuèrent à poursuivre les fuyards.

--Arrêtons! dit Paul à son compagnon.

--Crois-tu que l'on soit en sûreté ici?

--Non, mais on le sera moins si l'on continue à courir de ce côté. Ils ont dû nous suivre à la piste, ou du moins au bruit de nos pas, et ils vont nous couper la retraite. Allons de ce coté maintenant, et sans faire de bruit.

--Ils marchèrent ainsi, changeant de direction, l'espace d'une demi-lieue puis ils consultèrent le sol. Alors ils se regardèrent avec une certaine inquiétude.