--Je dors à mon tour.

--Dors.

--Tiens-moi bien.

--Noli timere, j'ai bonne poigne.

Et Baptiste, endormi à la cime du sapin, rêva qu'il était le roi des oiseaux.

Quand il s'éveilla il y avait, dans le ciel, au dessus de sa tête, des clartés indécises: c'était le jour qui s'annonçait; il y avait, sur la terre, au dessous de lui, une obscurité encore profonde: c'était la nuit qui s'attardait sous les bois. Le chef indien n'avait pas bougé depuis la veille, et ses guerriers s'étaient montrés aussi patients dans leur cachettes. Ils se disaient en eux-mêmes: quand le jour paraîtra, les chasseurs sortiront de leur retraites, car ils nous jugeront loin d'ici.

Une ligne de feu parut à l'horizon, du côté de l'Orient, et des rayons de flamme, sortis d'un centre commun, s'élancèrent dans le ciel en se développant comme un immense éventail. La cime des bois parut tressaillir sous les caresses de la lumière, et les feuilles prirent une teinte radieuse. Quelques oiseaux chantèrent, et leurs notes joyeuses se répétèrent au loin. La brise devenait silencieuse à mesure que le soleil montait au firmament et que les oiseaux chantaient.

--Battefeu! Je donnerais trente sous pour le moindre gibier, dit Baptiste... j'ai faim.

--Chut! pas un mot, attendons le jour. Si quelques uns des sauvages sont cachés dans les environs ils s'éloigneront alors, croyant que nous ne sommes pas ici.

Quelques heures s'écoulèrent et rien, excepté les cris des pique-bois (piverts) et des écureuils, ne vint troubler le calme de la solitude. Le chef des Couteaux-jaunes sortit lentement de sa cachette, sans faire bruire les rameaux qu'il souleva. Debout, près d'un vieux tronc renversé, il prêta l'oreille aux murmures divers de la forêt. Rien ne dissipa le calme froid de son visage tatoué; les bruits n'avaient rien d'insolite.... Ses regards interrogèrent, aussi loin qu'ils le purent, la forêt profonde. Alors il crut que les chasseurs blancs avaient continué à fuir, et que les guerriers, lancés à leur poursuite ne les avaient pas rejoints, car ces guerriers seraient revenus ou auraient dépêché un envoyé pour le prévenir. Il sentit un vif mécontentement et imita le cri de l'outarde pour réunir ses gens. C'était le signal convenu. En même temps que s'éleva le cri de l'outarde, un rire franc descendit de l'arbre où s'étaient réfugiés les deux chasseurs, et Baptiste disait à haute voix, mettant le pied à terre: