—Quoi! tu veux entendre Arago comparer aux étoiles filantes la politique de la Congrégation?...
—Cela me plairait fort. D'ailleurs, je veux que mon père assiste à la séance: je l'accompagnerai.
—Puis-je être reçu par le comte avant de partir?
—Tu sais bien qu'on ne le rencontre guère ici, maintenant!... avoua la tante Aurélie avec une mine assez moqueuse.
Regardant un saphir de ses bagues, elle songeait aux déportements de son mari, non sans une modeste gaieté. Après avoir mollement soupiré, elle rouvrit le livre, et, d'un regard machinal, parcourut les strophes. Faute de bonheur véritable, elle se composait une vie fortunée au moyen de la littérature. Hugo succédait à Lamartine et à Vigny pour lui fournir quelques thèmes de rêves consolateurs. Omer félicita ce rare esprit qui se créait une existence intérieure mille fois plus belle que la vérité.
—Quand je me récite ces poèmes où respire l'âme de l'Orient, je pense me rapprocher d'Emile. Peut-être, à cette heure, se bat-il contre les soldats du dey, mon pauvre enfant!
Cette appréhension maternelle, sans doute, la comtesse l'exagérait. Certes, elle songeait plus aux infortunes de son cœur qu'aux périls de son fils. Ce qu'elle tentait d'approfondir, avant la mort, c'étaient uniquement les joies sentimentales ignorées de sa vertu, mais familières à la jeunesse des poètes.
—Laissons ma mère à ses petites peines qui radotent un peu,... murmura l'abbé dans l'oreille de son cousin... Partons...
Ils abandonnèrent la vieille dame sur le trône doré, dans la salle ronde qu'ornaient les meubles d'ébène aux statuettes d'ivoire, et les larges tableaux où bataillaient les seigneurs des Croisades. Lorsque, pour un salut dernier, Omer se détourna, dans la porte, il admit l'illusion de voir sa tante morte ainsi, le livre ouvert sous les mains adamantines qui avaient tenté de saisir la beauté du songe entre leurs feux rampants...
Édouard parla du collège de Horps. Là, grâce à l'appui du ministère, il éduquait librement tous les fils de la bourgeoisie catholique opprimée dans les Pays-Bas. Ces jeunes gens rentraient dans leurs familles avec la haine du protestantisme batave. S'exaltant, le prêtre espéra qu'ils arboreraient l'étendard de la révolte, qu'ils ébranleraient le joug de l'hérésie, et qu'au Brabant éclaterait d'abord la grande révolution catholique. Les États de la Sainte-Alliance adhéreraient... D'ailleurs Charles X et Ferdinand VII, le Bourbon de Naples ensuite, transmettraient au pape, par testament, leurs couronnes. Légataire des monarques, le sceptre de Saint-Pierre régirait toute l'Europe latine. Il n'y aurait plus ni guerre, ni divergences entre les sujets du Sauveur, dans son royaume universel.