—Chère petite Angeline.., dit Omer... comment reconnaitrai-je assez ton obligeance?

—En ne m'oubliant plus... supplia l'enfant.

Et deux larmes s'échappèrent de ses yeux battus.

Il l'attira contre sa poitrine; il lui baisa les lèvres, qu'elle avait rêches et brûlantes. Elle gémit doucement. Ses cheveux se déroulèrent, et leur parfum de jasmin le grisa vite. Sous le canezou de tulle dégrafé, l'amant caressa les douceurs voluptueuses de la peau; mais il se reprocha de pécher dans le lit d'Elvire. Il avait jusqu'alors éludé la politesse d'accepter, en ce lieu, les faveurs de la grisette. Il n'aima point lui promettre de nouvelles rencontres adultères. Elvire eut peut-être excusé une aventure de bataille, mais non le péché habituel.

—Tu ne m'oublieras plus. Omer, dis-moi? Tu ne m'oublieras plus?...

—Comment le pourrais-je, charmante Angeline? Ton souvenir est lié à celui de ces grands jours... Ta présence a doublé mon courage... J'ai compris que je luttais pour le peuple, pour toi, mon Angeline... Ces heures et ton image vivront ensemble dans mon cœur.

—Ah! bel Omer... laisse-moi te serrer dans mes bras...

Il répugnait au sacrilège de polluer ainsi, par une joie profane, le temple de l'amour sacré. Accueillant la bouche de sa maîtresse, il se dérobait aux attouchements suprêmes, encore qu'elle se fût dénudée, encore que le désir labourât leurs flancs... Elle s'aperçut de sa contrainte.

—Quoi? Tu ne veux pas nous enivrer de bonheur... Omer!... Ah! c'est l'autre... Tu l'aimes mieux que moi, dans cet instant même!

Elle fondit en pleurs. Jolie bête fièvreuse, elle se vautrait au travers de son amant, admirable et quasi nue, le cou gonflé de sanglots, les reins secoués par la luxure.