—Je le sais bien... mais...
—Mais quoi?... Livrez votre fusil..., vos cartouches!... Fouillez-le, Durtot: il pourrait en avoir dans ses poches.
—Je suis M. Godefroy Cavaignac,... se récriait la victime... J'appartiens à la société des Amis du Peuple; et c'est une indignité! Mon frère est officier... Je refuse de vous abandonner mes armes... Si mes habits sont abîmés, c'est que je me suis battu, corps à corps, avec un soldat de l'infanterie royale!
—A d'autres! Vous vous expliquerez à l'Hôtel de Ville...
—On m'a tout à l'heure arrêté, puis relâché, à la Croix-Rouge, à cause de la même erreur... Je vous dis que je me nomme Godefroy Cavaignac.
—Je m'en f... Vous n'avez pas d'uniforme: suffit!... Lâchez ce fusil...
—Bah! notre travail est fini pour lors... philosophait le typographe désarmé... Il faut laisser le reste de la besogne aux savants...
La voiture s'éloigna vite de la bagarre.
Durant le trajet, Omer répondit sèchement aux propos d'Élodie. Néanmoins il s'amusa de sentir leurs jambes se chauffer dans l'ombre. Elle tournait en ridicule ce qu'elle avait entrevu de l'émeute. Pourtant elle l'obligea de conter les détails de la rixe avec l'artilleur, sur la place de la Bastille, et comment, au Louvre, il avait tiré deux coups de feu contre un officier suisse. Elle s'étonnait qu'il n'eût point, en trois jours de bataille, tué plus d'ennemis. Le comte la taquinait sur ses illusions touchant les choses de la guerre. Pendant qu'il éternuait, à plusieurs reprises, elle toucha secrètement le corps du jeune homme, en deux caresses audacieuses, par-dessous la soie légère de sa mante, ce dont Omer tira vanité.
A Meudon, il abandonna le comte et son amie devant l'auberge. Ensuite, la voiture franchit la grille de sa maison. Là, guettait Elvire. Elle fit arrêter les chevaux. Tout de suite elle se ruait à son cou. Elle riait et sanglotait.