—Elle lui a décerné des lauriers...

—Elle vous décerne la honte!...

Plus bruyantes que le discours de M. Viennet, ces apostrophes assaillirent Omer, l'enveloppèrent, le cinglèrent, le pénétrèrent. Instinctivement, il se débattit entre les paroles meurtrières de son honneur. Sa voix d'orateur déclama:

—Le devoir est d'abdiquer aujourd'hui nos convictions devant la Loi... Ces députés sont élus d'après la Loi; ce prince représente la Loi; si vous méconnaissez leurs pouvoirs qu'ils tiennent du peuple, vous n'êtes plus des citoyens ni des patriotes: vous êtes des sicaires de l'anarchie que leurs ambitions asservissent et que leur égoïsme égare... Respect à la Loi, souveraine des peuples qui la votent!

Parmi les huées, les bravos, la phrase saccadée grandit, domina, finit... Alors, Cavrois et les gardes nationaux imposèrent:

—Respect à la Loi!

Ils frappèrent aussi le plancher de leurs crosses. Contre les adjurations d'Enjolras la baïonnette du tailleur Durtot fut pointée. De sa banquette, Rambourg beugla. Cavrois vociférait. Mulâtre saliveux, l'épicier Mauravert repoussa, du fusil, le gilet écarlate de Ribéride et la redingote de Bahorel. M. Roulon opposa son épée aux invectives de Grantaire. M. d'Orichamps chargeait Courfeyrac, qui dut empoigner le canon du fusil pour éviter le coup. Le général Pithouët lança:

—La peur des Cosaques leur fait mal au ventre!

Ferme sur ses talons, Omer se roidit, admirant la vigueur de sa conscience qui sacrifiait à l'idéal romain ses sympathies, ses affections, sa gratitude, peut-être même sa réputation...

—Le devoir est dans le respect de la Loi..., répondait-il mécaniquement à toutes les objurgations, à toutes les injures, aux deux larmes mêmes qui jaillirent des yeux de l'oncle Edme cramponné au tapis de la table.—Je me laisserai, s'il le faut, immoler sur l'autel de la Loi!... promit-il, à l'éphèbe qui le menaça de son fusil vide.