Une fois dites les six paroles essentielles, il se trouvait vis-à-vis d'elle comme vis-à-vis d'une étrangère maniaque. Leurs âmes ne communiaient point. Vainement ils cherchaient des mots allant au cœur, des consolations, des excuses et des pardons. Ils n'avaient de recours que dans les paroles inutiles et vagues, relatives aux insignifiances de la vie. Elle évoqua seulement, à l'exemple de la tante Caroline, le temps jadis, les espiègleries des jeunes Praxi-Blassans, celles de Dieudonné, celles de son fils. Faiblement elle riait, les dents mauvaises. Bientôt une idée triste effaçait la joie timide.

—Au reste, remarquait-elle, tu as toujours été trop adroit.

—Trop adroit?

—Oh!

Elle leva vers les solives du plafond sa main au chapelet et, hochant la tête, elle s'approuva de juger ainsi le fiancé de la riche Elvire.

—Et moi qui pensais... Quelle sotte je fais, grand Dieu... Oui, oui, tu as su mettre dans tes intérêts l'Église, Rome et la Sainte Congrégation... Faut-il, Seigneur, que ce soient vos prêtres mêmes qui me persuadent de lui laisser suivre une voie profane...?

—Profane!... La vie que je souhaite couler auprès d'Elvire, de «votre ange!» Se peut-il que vous m'accusiez ainsi... que vous l'accusiez!

—Je prévois que, par cette porte ouverte sur le monde, tu t'en iras loin du ciel...

—Allons, Virginie... Trêve de reproches, aujourd'hui, du moins. Je veux qu'il voie mon salon et qu'il me donne son avis, ce fashionnable du boulevard de Gand...

—Ah! tu l'emportes. Il est ce que tu veux: l'avocat des Moulins... la parole de notre argent, de son argent, de ton argent! Il n'est point l'avocat du Christ. Tu l'emportes, Caroline! Tu l'emportes! Il est plus ton fils que mon fils... Tu l'avais bien dit en 1812, quand tu es venue au château de Lorraine pour acheter la moisson sur pied, et la revendre en grains aux armées de Leipzig, puis aux alliés. Tu l'avais bien dit qu'il te fallait un avocat dans la famille... Et moi je ne suis rien qu'un pauvre chien sans pouvoir! Mon Dieu...