—Veuillez-vous asseoir, Monsieur.

De sa voix harmonieuse, délicate et lente, l'autre murmura dans un sourire à demi moqueur, affable à demi:

—L'armée française vient demander quelques conseils au défenseur de Missolonghi, au compagnon du colonel Fabvier, à l'ami de lord Byron, à l'ambassadeur choisi par le Congrès d'Egine pour rapporter ici les documents d'après lesquels nos ministres décidèrent de mener à bien la tâche glorieuse que vous aviez entreprise dans la malheureuse patrie de Thémistocle et de Platon... Ils ont enfin admis les idées généreuses au nom de quoi vous aviez d'abord, et avant tous, risqué votre vie. Je m'honore de continuer une pareille œuvre. Les Russes, vous le savez, ont franchi les Balkans; ils manœuvreront pour envelopper Andrinople. Il se peut qu'il nous faille les aider... Personne ne pourrait aussi bien que vous munir le ministère de renseignements sur la tactique des Turks.

—Monsieur, vous êtes bien honnête!

Le général salua en accentuant le sourire.

—Je parle avec sincérité de sentiments que tous partagent, parmi les officiers et les gens de cœur.

—Vous avouez enfin que nos folies avaient du bon maintenant que vos maîtres les ont approuvées. Je vous en remercie. Charles X obligé de mettre ses divisions au service des rêveries que les instigateurs des complots militaires et les carbonari propagent depuis dix ans!... Ce fut là chose fort surprenante... hein?

—Vous avez raison, capitaine, d'être fier... A votre place, je m'enivrerais de mon triomphe.

—Ah, Monsieur, que n'étiez-vous des nôtres alors qu'il y avait péril à cela!

—Monsieur, je choisis mes dangers... Il en est auxquels je ne me dérobe point. Il en est même auxquels je dérobe les autres..., à l'encontre de mes intérêts...